Centre Helio marin - Fayat Bâtiment Côte d'Azur

Centre Hélio-Marin : réhabiliter l'histoire, soigner l'avenir

  • FAYAT BÂTIMENT Côte d'Azur

Au Centre Hélio-Marin de Vallauris, l’histoire se lit dans les murs et la structure. Conçu en 1934 par l’architecte Pierre Souzy comme sanatorium « hygiéniste », le bâtiment, long de 130 mètres, s’étire en gradins de terrasses et balcons, ouverts plein sud face à la mer. Avec le temps, adaptations et extensions brouillent cette silhouette.

Aujourd’hui, l’UGECAM PACA Corse (Assurance Maladie) engage une réhabilitation d’envergure en site occupé, avec Ingérop pour la maîtrise d’œuvre et Carta-Reichen et Robert Associés pour les architectes. Fayat Bâtiment Côte d’Azur pilote l’ensemble de l’opération jusqu’en 2028. L’ambition est claire : retrouver l’allure d’origine tout en modernisant l’établissement et en y intégrant les mises aux normes techniques et sécuritaires. L’établissement comptera à terme 140 lits d’hospitalisation complète sur quatre niveaux, ainsi qu’un plateau technique de rééducation au 1er étage. Rencontre avec Axel B., conducteur de travaux de ce chantier, qui, à 22 ans, conjugue déjà exigence technique et sens du service.

Phaser pour ne jamais fermer

La complexité du projet tient d'abord à une équation : transformer sans interrompre. « Avant même d'ouvrir une première paroi, il faut phaser. Le nombre de lits disponibles, c'est notre boussole », explique Axel. Objectif : maintenir 88 lits en phase 1, 99 en phase 2, 126 en phase 3. La logique est simple : « nous travaillons phase par phase du R+5 au R+1 inclus. Une fois l’espace libéré dans la première phase, il est vidé puis restructuré, avant que les patients et soignants réintègrent les lieux et nous passons à la phase suivante. » Le R+5, initialement inoccupé sur tout le niveau, nous permet d'amorcer le chantier « par le haut » limitant ainsi les croisements et interactions avec les zones encore en activité.

Pour parvenir à cette orchestration, le phasage repose sur une séparation stricte entre zones en exploitation et zones de travaux. Cloisons coupe-feu et acoustiques, circulations repensées, balisage renforcé… « Ici, tout est question d'anticipation : flux, poussière, bruit, sécurité. Dans un établissement de soins, on n'a pas droit à l'à-peu-près. Les patients sont fragiles, la moindre nuisance se traite comme un risque. »

Centre Helio marin - Fayat Bâtiment Côte d'Azur

Quand l'existant impose sa loi

Mais réhabiliter, c’est composer avec un bâti qui impose parfois ses règles. D’abord, les structures : certains locaux changent d’usage et doivent accueillir des équipements plus lourds. Il faut donc renforcer. « On a des planchers nervurés des années 30, avec une dalle parfois très mince. On vient alors “muscler” l’ensemble avec des chapes armées », résume Axel. Ensuite, il y a les réseaux existants et datant de la construction du bâtiment, plus imprévisibles que sur un plan « Nous avons rencontré quelques surprises lors du curage en découvrant des vannes non repérées sur les plans mais également certaines qui n’étaient plus fonctionnelles que nous avons dû reprendre en amont de la consignation de la 1ère phase » explique Axel. On découvre, on vérifie, on s’adapte. » À cela s’ajoute une contrainte amiante importante, traitée dès le démarrage du chantier suivant un protocole strict et parfois même en horaire décalée.

Le futur secteur de balnéothérapie, aménagé dans une ancienne salle de spectacle, concentre ces défis. « Ici, la grue ne peut pas nous servir : on ne dépose pas le matériel directement dans la zone. » Les approvisionnements s’organisent autrement, avec davantage de manutention et une logistique millimétrée. Et surtout, dès le curage, nous avons découvert que l’intégralité des gradins existants étaient en béton faisant partie de la structure du bâtiment, et non en bois comme supposé avant curage : Point de vigilance qui nous a conduit à une démolition progressive et contrôlée, pour transformer le lieu sans fragiliser l’ensemble.

Sécurité et confort : un chantier “au scalpel”

Qui dit réhabilitation dit mise aux normes. Ici, elle irrigue tout le projet, à commencer par le système de sécurité incendie, qui pilote détection, alarmes et dispositifs automatiques. « Cette installation est sensible. En démolition, on doit éviter d'arracher un câble, de détériorer un élément. Et lorsqu’on est contraint de le faire, on procède doucement, souvent à la main », raconte Axel. Impossible de « couper » l'ancien système puisqu'il couvre tout le bâtiment, alors qu'une partie reste en service. Les zones réhabilitées sont reprises à neuf, avant la bascule progressive vers le nouveau dispositif.

Pour les patients, le chantier vise aussi un meilleur confort d’usage. Pour améliorer le confort d'été, des brise-soleil orientables au sud et à l’ouest sont pilotés par un système automatisé ce qui permet de les contrôler suivant les exigences définies par l’établissement (température dans la chambre, vent, etc. Également, des contacts de feuillure sont mis en place afin de pouvoir couper les climatisations des chambres lorsque les fenêtres sont ouvertes en été. Une intelligence discrète, au service du bien-être des occupants.

Tenir le cap

Au pic de l'activité, 50 à 60 personnes travaillent sur le chantier et une quinzaine de corps de métiers se relaient. « La valeur ajoutée, c'est la réactivité et le lien avec le client. Mais ce projet m'apprend aussi autre chose : on travaille à côté de personnes en rééducation, qui ont besoin de calme et de stabilité. Ça oblige à être irréprochable... et ça donne du sens », confie Axel. Pour ce jeune diplômé d'école d'ingénieur, ce chantier, qu’il a d’ailleurs choisi comme support de fin d’études, illustre aussi la capacité d’une équipe à tenir un cadre strict. « Une méthodologie rigoureuse que je pourrai réutiliser sur d'autres chantiers, même hors milieu occupé. »

En mai, une première séquence sera livrée. Ensuite, il restera à dérouler les 2 autres phases, étage après étage, jusqu’au jour où les terrasses en gradins retrouveront pleinement leur rôle : offrir de l’air, de la lumière… et, à leur manière, participer au soin. « On ne touche pas juste à un bâtiment, conclut Axel. On redonne vie à un lieu où des gens se reconstruisent. Ça change la manière d'aborder chaque geste. »